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Témoignage

Octobre 2008

J'ai perdu ma mère dans un accident de voiture!

Du jour au lendemain, le monde de Magalie s’écroule: sa mère perd la vie dans un tragique accident de la route. Entre la colère et la douleur, la tristesse et l’incompréhension, elle se retrouve seule,démunie. Cette battante de 16 ans nous livre son témoignage vibrant d’émotions.
Par Julie Champagne














Magalie, peux-tu nous parler un peu de l’accident de ta mère?
Elle travaillait comme infirmière à l’hôpital. Alors qu’elle revenait de son quart de nuit, un homme en état d’ébriété n’a pas arrêté au feu rouge. Il a percuté la voiture de ma mère de plein fouet. Elle est morte sur le coup.

Comment as-tu appris la nouvelle?
Le lendemain matin, mon père nous a réunis dans le salon. J’ai vu tout de suite qu’il ne voulait pas nous parler de corvées ménagères… Il essayait de paraître fort, mais je le sentais profondément troublé. Il nous a annoncé la nouvelle, et nous a serrés dans ses bras. J’avais 12 ans.

À ce moment-là, que s’est-il passé dans ta tête?
Je ne le croyais pas. J’espérais me réveiller, m’apercevoir que ce n’était qu’un horrible cauchemar. Je surveillais la porte, en espérant que ma mère rentrerait à la maison, comme tous les matins. Le pire, c’est que je repassais en boucle notre discussion de la veille. Ma mère et moi avions eu une grosse dispute pour une histoire de couvre-feu. Je ne pouvais pas croire qu’elle était partie ainsi, sans aucun avertissement, sans que j’aie la chance de lui dire “Je t’aime”. Mais je n’ai pas voulu montrer ce qui me tracassait…

Pourquoi refoulais-tu tes émotions?
Mon père n’a jamais exprimé ce qu’il ressentait. Bien sûr, je voyais bien qu’il n’était pas heureux, mais il n’en parlait pas. Les jours suivant le décès de ma mère, il préparait les repas et faisait le ménage. La remplacer et se montrer brave était sa manière de veiller sur nous, de nous protéger.

Et toi, comment réagissais-tu?
Je me suis repliée sur moi-même, car je croyais que c’était la réaction mature à adopter. Je me disais aussi que mon père avait déjà assez de soucis sans que sa fille aînée joue les pleurnichardes. Mais, derrière ma carapace, je n’allais pas du tout…

Que ressentais-tu en réalité?
Une profonde tristesse, un sentiment d’abandon, une colère monstre... Je me sentais seule au monde. Plus rien n’avait d’importance à mes yeux.

Comment décrirais-tu les funérailles de ta mère?
Touchantes et libératrices. J’ai demandé à mon père de m’impliquer dans l’organisation. C’était important pour moi. Ça m’a fait du bien de voir tous ces gens qui appréciaient ma mère et qui partageaient ma peine. J’ai réalisé que j’avais le droit, moi aussi, de me sentir affligée.

Après la cérémonie, as-tu davantage exprimé ce que tu ressentais?
Oui, mais seulement auprès de mes amis. Ma best affirmait qu’un peu comme lors d’une rupture amoureuse, je traverserais diverses étapes: la négation, la frustration, la peine… Mais ce n’était pas du tout le cas. Une journée, je me sentais presque bien, la suivante, je voulais mourir. Je me sentais confuse, complètement déroutée.

Comment se comportaient les gens de ton entourage?
Certains m’ignoraient, d’autres m’interrogeaient sur les détails du décès de ma mère. Un jour, Mme Charest, ma professeure de français, m’a dit que si j’avais envie de parler, sa porte était toujours ouverte. Je n’ai pas réagi sur le coup, mais, au fond, j’appréciais son geste. En quelque sorte, elle reconnaissait ma douleur et m’offrait son soutien, tout simplement.

Es-tu allée la voir?
Pas dans les mois qui ont suivi la mort de ma mère. Pour dire vrai, je remontais tranquillement la pente. Les années passaient, je croyais que j’allais mieux. Mais j’étais loin de me douter que je reviendrais à la case départ quatre ans plus tard...

Quel a été l’événement déclencheur?
Les préparatifs de mon bal des finissants. Je regardais ma robe suspendue sur un cintre et, sans prévenir, je me suis effondrée sur le sol, en larmes. Je m’ennuyais tellement de ma mère! La douleur était aussi vive que si elle était décédée la veille. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Elle était morte depuis si longtemps!

En as-tu parlé à quelqu’un?
Non, je n’osais pas importuner les autres avec ma douleur. Ma famille et mes amis m’avaient déjà beaucoup aidée et tout le monde était passé à autre chose. Mais pas moi…

Finalement, qu’as-tu décidé de faire?
J’étais paralysée par la souffrance et la tristesse. Je me suis alors souvenue de l’invitation de Mme Charest. Je suis allée la voir, même si je craignais qu’elle me trouve immature et faible. Après tout, ma mère était décédée depuis longtemps… Mais, au contraire, elle m’a aidée à comprendre ce qui se passait en moi.

Qu’as-tu retiré de cet échange?
Je sais maintenant qu’il est normal de traverser des périodes difficiles. Vivre un deuil à l’adolescence, ce n’est pas une série d’étapes prédéfinies. C’est plutôt des montagnes russes qui varient selon les circonstances. Ma remise des diplômes, mon entrée au cégep, mon premier appartement… Je sais que ces événements raviveront le souvenir de ma mère, car ils me rappellent son absence.

Comment arrives-tu à surmonter ta peine?
Ma passion pour l’écriture me sert de soupape afin d’alléger ce poids sur mes épaules. Plus important encore, je réapprends tranquillement à faire confiance à la vie. Je sais que l’avenir me réserve de belles surprises. Je sais aussi que si ma mère me voyait, elle serait fière de moi…





ENTREVUE AVEC JOSÉE MASSON, travailleuse sociale et auteure du livre Derrière mes larmes d’enfant

Quelles sont les plus grandes différences entre le deuil vécu à l’adolescence et celui vécu à l’âge adulte?
À l’adolescence, on traverse une période de tumulte et d’instabilité. On a de la difficulté à reconnaître notre degré de malheur ou de bonheur. On oscille toujours entre les deux mondes. La dure épreuve du deuil ravive toutes ces émotions.

Pourquoi Magalie a-t-elle revécu son deuil quatre ans plus tard?
Les sentiments associés au deuil refont souvent surface une fois que le jeune peut vraiment réaliser tout ce qu’il comporte. Enfant, on ne saisit pas toutes les implications découlant de la perte d’un proche. Chaque fois que l’adolescent vit une nouvelle expérience, il prend peu à peu conscience du manque engendré par le décès de son parent. C’est une réaction tout à fait normale.

Quelles sont les ressources qui peuvent aider les jeunes qui vivent un deuil?
Les CLSC, les professeurs ou les membres de la direction d’une école, un adulte que le jeune aime et respecte… Même si les amis peuvent aussi être de bons confidents, il est important d’en parler aussi avec un adulte. S’ils désirent se confier, je les invite à m’écrire directement au derrieremeslarmes@yahoo.ca

Quel message voulez-vous laisser à l’entourage?
Le deuil est tabou parce que le sujet fait peur aux adultes. On pense souvent épargner les jeunes en étant forts, en évitant le sujet. C’est tout le contraire qui se produit. Parlez-en! Impliquez-les! Ils ont besoin de sentir qu’il est normal de vivre toutes ces émotions. Ils ont besoin de savoir que vous êtes là pour eux.








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