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Novembre 2008
En gang, je ne suis plus moi-même!
As-tu déjà menti sur tes goûts
et préférences simplement parce
que tu craignais la réaction
des autres? Marie-Jeanne,
oui. Chaque
fois qu’elle était
avec ses amies, elle
se transformait en une fille qui ne
lui ressemble pas. Elle te raconte
les détails de sa transformation
extrême.
Par Julie Champagne
MARIE-JEANNE, QUE SIGNIFIE
L’AMITIÉ POUR TOI?
Je crois que la vraie amitié doit être fondée
sur une relation sans artifices ni masque.
Une véritable amie nous soutient et nous accepte
inconditionnellement. Depuis que je
suis toute jeune, Maïka est ma meilleure
amie. Nous avons pratiquement été élevées
ensemble! Elle me connaît mieux que personne,
et je lui fais entièrement confiance.
Malheureusement, lorsque nous avons commencé le secondaire, nous nous sommes
éloignées malgré nous.
POURQUOI VOS CHEMINS SE
SONT-ILS SÉPARÉS?
Maïka voulait aller à l’école publique de la
région, et mes parents, eux, tenaient mordicus
à ce que je fréquente une institution
privée pour filles. J’étais dévastée… Comme
toujours, c’est Maïka qui m’a remonté le
moral et qui m’a convaincue que je rencontrerais vite de nouveaux amis. Elle avait
raison. Mais ça ne s’est pas nécessairement
passé comme je m’y attendais…
COMMENT DÉCRIRAIS-TU CES
NOUVELLES AMIES?
Elles étaient tout le contraire de Maïka. Ma
meilleure amie est généreuse, respectueuse
et authentique, alors que les personnes que
j’ai fréquentées étaient hypocrites, superficielles
et même un peu méchantes. Leurs
passe-temps favoris étaient de tester les
limites des professeurs et de ridiculiser
les autres étudiantes.
MAIS ALORS, POURQUOI
VOULAIS-TU LES FRÉQUENTER?
L’entrée au secondaire n’est pas toujours
facile. Je me sentais seule dans
cette école gigantesque où je ne connaissais
personne. Ces filles-là étaient admirées
de tous. Elles étaient à la mode,
belles et populaires. Elles m’impressionnaient.
Je crois que je les mettais sur un
piédestal. Je ne les voyais pas comme elles
étaient réellement, un peu comme si je les
regardais à travers des lunettes roses.
J’aurais tout donné pour qu’elles m’estiment.
Alors, quand elles m’ont acceptée dans leur
clan, je n’ai pas voulu les décevoir. Je n’approuvais
pas toujours ce qu’elles faisaient
mais, au moins, je ne me sentais
plus «rejet».
COMMENT TA
PERSONNALITÉ
A-T-ELLE CHANGÉ?
Au début, c’était seulement
des petits détails sans importance.
J’adaptais simplement
mes opinions et mes goûts en
fonction des leurs.
AS-TU UN EXEMPLE EN TÊTE?
Un midi, une des filles du groupe racontait
qu’elle détestait tous les groupes de
musique québécois. Les autres ont approuvé
en affirmant qu’ils les trouvaient tous
poches et, moi, j’ai prétendu la même chose.
Mais dans les faits, je suis la plus grande
fan de Kaïn de toute la province! J’ai menti
parce que j’avais peur qu’elles me jugent.
QUE S’EST-IL PASSÉ ENSUITE?
À force de fréquenter ces filles, j’ai fini par
leur ressembler. Je portais le même style de
vêtements, j’employais les mêmes expressions,
je pensais pratiquement comme elles!
Je m’éloignais de plus en plus de ma vraie
personnalité. C’était comme si je portais un
déguisement ou un masque en permanence.
QU’EN PENSAIENT LES MEMBRES
DE TON ENTOURAGE?
Eux non plus, ils ne me reconnaissaient plus.
Et ils ne se gênaient pas pour me signaler
qu’ils n’appréciaient pas la nouvelle Marie-
Jeanne! Avec mes parents, j’étais devenue
une enfant gâtée pourrie. Je voulais tout,
tout de suite. Maïka devenait de plus en plus
distante, car elle n’approuvait plus mes
comportements. Une fois, alors que nous
étions au cinéma, je me suis moquée des
vêtements d’une fille qui était assise en
avant. Maïka m’a dévisagée et m’a balancé:
«La Marie-Jeanne que je connais n’aurait
jamais dit quelque chose d’aussi méchant.»
Aïe!
COMMENT AS-TU RÉAGI AUX
COMMENTAIRES DE TON ENTOURAGE?
Je n’ai pas compris tout de suite ce que mes
proches tentaient de me dire. C’était comme
des messages codés que je n’arrivais pas à déchiffrer. J’ai dû vivre une autre épreuve
avant de réaliser l’influence négative
qu’avaient ces filles sur moi.
LAQUELLE?
Nous étions en pleine séance de magasinage
après une journée d’école. Les filles se sont
mutuellement mises au défi de piquer un
rouge à lèvres. J’étais estomaquée! Il n’était
pas question que je suive leurs traces. Je
me foutais complètement de ce qu’elles
pourraient bien penser de moi. Je préférais
rester seule plutôt que de fréquenter des
filles de ce genre.
QU’EST-CE QUE TU AS FAIT ENSUITE?
Je les ai laissées en plan dans la boutique et
je suis partie sans dire un mot. Je ne leur ai
plus jamais adressé la parole et je ne me
suis jamais expliquée auprès d’elles. Je
crois qu’elles ont compris que je désapprouvais
leurs agissements. Maïka a repris sa
place dans ma vie, et je fréquente d’autres
filles de l’école. Elles sont peut-être moins
populaires, mais elles partagent les mêmes
valeurs que moi. Avec elles, je n’ai pas peur
d’être qui je suis et je ne ressens pas le
besoin de mentir pour mériter leur amitié.
QUELS CONSEILS VOUDRAIS-TU
DONNER AUX FILLES QUI VIVENT LA
MÊME SITUATION QUE TOI?
À la minute où vous devez vous transformer
pour gagner l’estime de quelqu’un, que ce
soit votre chum ou vos amis, il y a un truc
qui cloche. Les gens qui nous aiment vraiment
nous apprécient pour ce que nous
sommes réellement. Pas pour l’image que
nous pourrions projeter. Laissez tomber ces
personnes qui imposent des conditions à
leur amitié; elles ne vous méritent pas.
ENTREVUE AVEC MAÏKA, LA MEILLEURE AMIE
DE MARIE-JEANNE
Comment décrirais-tu la
personnalité de Marie-Jeanne
avant qu’elle ne rencontre
cette gang de filles?
Elle était toujours de bonne
humeur. Elle aimait tout le monde
et ne portait pas de jugement en
fonction des apparences. Elle
n’avait pas la langue dans sa
poche mais, au moins, on savait
toujours ce qu’elle pensait.
Pas question de cachettes ou
d’hypocrisie! Et en plus, elle
avait toute une tête de cochon!
Elle débattait tous ses goûts et
ses idées, même si c’était envers
et contre tous.
Et avec son groupe
d’amies de l’école?
En un mot: insupportable!
Aujourd’hui, je
peux même vous affirmer
qu’elle me
tombait vraiment sur
les nerfs! (rires) Elle
parlait dans le dos de
tout le monde, elle riait
des autres parce qu’ils étaient différents et elle copiait tout ce que
ses soi-disant amies faisaient. On aurait
juré qu’elles formaient un
groupe de clones…
Comment a-t-elle pris
conscience de sa propre
métamorphose?
J’ai tenté plusieurs fois de lui dire
que ces filles ne m’inspiraient pas
confiance. Mais je pense qu’il était
important que Marie-Jeanne le découvre
par elle-même. Si je lui avais demandé de
changer ses fréquentations, je ne pense pas
qu’elle aurait bien réagi. Après tout, je ne
suis pas sa mère! Mais je suis heureuse
qu’elle ait découvert leur véritable
personnalité et qu’elle ait pris la décision
de s’éloigner de ces imposteurs.
Enfin, j’ai retrouvé la vraie
Marie-Jeanne!

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